Que faut-il savoir pour cultiver du chanvre?


Place dans la rotation et calendrier cultural

Place de la culture dans la rotationLe chanvre n’a pas de place particulière dans la rotation aussi bien vis-à-vis des cultures qui le précèdent qu’à l’égard des cultures qui lui (...)Place de la culture dans la rotation

Le chanvre n’a pas de place particulière dans la rotation aussi bien vis-à-vis des cultures qui le précèdent qu’à l’égard des cultures qui lui succèderont. On peut trouver du chanvre avant ou après des betteraves sucrières, après du maïs, avant ou après une céréale, etc. En Belgique, le chanvre est souvent suivi d’un froment d’hiver.

La monoculture de chanvre est fortement déconseillée notamment pour éviter tout développement de nuisibles. L’orobanche, pas encore présente en Belgique, est une plante parasitoïde du chanvre favorisée par ce mode de culture. D’autres cultures partagent également cet ennemi comme: le colza, la pomme de terre, la tomate, etc.

Calendrier de culture

Quatre opérations doivent être réalisées sur la parcelle de chanvre : le travail du sol, la fertilisation, le semis et la récolte.
   
              
Le semis est réalisé dès que les conditions pédoclimatiques le permettent de mi-avril à début mai. La date de semis n’influence en rien la date de récolte étant donné que la date de fin floraison ou fin de croissance est fixée pour une variété dans une zone donnée par le photopériodisme. Par contre, plus la culture est semée tôt, plus la végétation est longue et plus le rendement en paille est important.

Les récoltes sont quant à elles étalées de mi-août à début octobre suivant les objectifs de production (culture non-battue ou battue).

Variétés

Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans le choix des variétés de Cannabis sativa : Seules les variétés certifiées et présentes dans le (...)

Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans le choix des variétés de Cannabis sativa :

  1. Seules les variétés certifiées et présentes dans le catalogue communautaire peuvent être cultivées. Les semences fermières ne sont donc pas autorisées sur le territoire. Le catalogue communautaire des variétés d’espèces agricoles répertorie 45 variétés (http://ec.europa.eu/food/plant/propagation/catalogues/agri2011/63.html). Les origines de ces variétés sont variées (France, Pologne, Ukraine, Allemagne, Roumanie, etc.) et aucune sélection n’est actuellement présente en Belgique.
  2. L’organisation des inflorescences est un critère agronomique qui va influencer les rendements (paille et graines) et faciliter la récolte. Des variétés à plantes dioïques et monoïques sont disponibles sur le marché mais les variétés monoïques sont les plus performantes.
  3. La précocité, déterminée sur base de la fin floraison ou fin de croissance, est conditionnée par la réaction photopériodique. Les variétés choisies doivent donc être adaptées à la zone climatique pour atteindre un développement suffisant avant la date de fin de croissance.
  4. La destination de la récolte conditionne le choix des variétés possédant des qualités et rendements supérieurs en graines, pailles ou fibres.
  5. La teneur en THC (tétrahydrocannabinol) de certaines variétés peut être particulièrement faible ce qui peut être un critère de choix pour certains industriels.
  6. L’origine de la multiplication va également indiquer la possibilité des variétés à s’adapter à notre climat.

Les variétés choisies ne pourront évidement exprimer tout leur potentiel que dans des conditions de culture adaptées.

En Belgique, les cultures sont généralement battues et demandent des variétés alliant productivité et précocité. Les variétés les plus utilisées sont Uso 31 et Fédora 17. Monoïques, ces deux variétés permettent d’étaler la récolte, grâce à leur différence de précocité.

Dans l’optique d’une production exclusive de paille, le choix variétal s’oriente vers des variétés plus tardives (Futura 75, Epsilon 68, Santhica 27,…) permettant d’allonger la durée de végétation et d’augmenter ainsi le rendement en paille.

Conditions pédo-climatiques

Climat Le chanvre est une plante conditionnée par la somme des températures (de l’ordre de 1750 à 2000 °C) et la longueur du jour. Les fleurs de chanvre réagissent à un (...) Climat

Le chanvre est une plante conditionnée par la somme des températures (de l’ordre de 1750 à 2000 °C) et la longueur du jour. Les fleurs de chanvre réagissent à un photopériodisme de jours courts. En d’autres termes, elles s’épanouissent lorsque la durée du jour est inférieure à la durée de la nuit. La réaction photopériodique est plus ou moins tardive selon les variétés et détermine le stade pleine floraison et la fin de croissance.

Les exigences du chanvre en termes de température sont les suivantes :

  • zéro végétatif: 1 à 2°C;
  • sensibilité à la gelée en début de croissance;
  • sensibilité au gel (après cinq paires de feuilles): -5°C;
  • optimum de végétation: 19 à 25°C.

Sol


Le chanvre se cultive particulièrement bien dans les terres profondes, fraîches et pourvues en minéraux. Il peut-être cultivé partout en Belgique tant que :
  • le pH du sol est compris entre 6 et 8 ;
  • les réserves en eau sont disponibles ;
  • les parcelles ne sont pas sujettes aux inondations ;
  • le sol est meuble et sans obstacle (ex : semelle de labour).

Besoin en eau


Les besoins en eau de la culture sont importants(300 à 400 mm) mais sont facilement comblés par la pluviosité belge, les réserves en eau du sol et un système radiculaire bien développé. Aucune irrigation n’est donc nécessaire pour la culture. Le chanvre possède d’ailleurs une bonne résistance à la sècheresse.

Pour un rendement optimum en paille, les besoins en eau les plus importants se situent au niveau de la phase de croissance active. Pour la graine, une sécheresse prolongée peut contrecarrer le remplissage des grains.

Fertilisation

Les besoins en fertilisants du chanvre sont raisonnables. Lors de l’élaboration du plan de fumure, l’agriculteur doit tenir compte de ces besoins ainsi que des restitutions en (...) Les besoins en fertilisants du chanvre sont raisonnables. Lors de l’élaboration du plan de fumure, l’agriculteur doit tenir compte de ces besoins ainsi que des restitutions en provenance du sol.


La culture de chanvre apprécie la matière organique. Les apports peuvent aller de 30 à 50 tonnes par hectare.

Fertilisation phosphorique


Les besoins en phosphore sont limités (100 u./ha) et les exportations sont de maximum 50 unités. Les apports peuvent donc être apportés en début de rotation.

Fertilisation potassique

Les besoins en potassium sont relativement élevés (300 u./ha). En sols normalement pourvus (comme la majorité des sols belges), il suffit de combler l’exportation faite par le chanvre(+/- 150 u./ha)

Fertilisation azotée

La fertilisation optimum en azote est estimée à 100 unités d’azote (résultats obtenus par le CRA-W de Gembloux lors des essais de 2007-2009). De manière plus pragmatique, les besoins en fumure azotée du chanvre correspondent à la moitié de la fumure azotée d’un froment cultivé dans les mêmes conditions.

Au-delà de cet optimum, un excès d’azote peut nuire à la qualité des récoltes par un retard de maturité et une production de fibres de moins bonne qualité.

Notons que grâce à son bon enracinement, le chanvre est capable de mobiliser l’azote présent en profondeur. Il ramènera les éléments nutritifs dans les 30 premiers centimètres du sol par la décomposition de ses feuilles tombées sur le sol en fin de culture.

Le magnésium


Les besoins en magnésium étant assez élevés (100 unités), ils doivent être pris en compte dans le plan de fumure.

Le calcium

Le chanvre est un gros consommateur de calcium (320 unités) qu’il pourra facilement trouver dans les sols belges. Un chaulage est obligatoire pour des sols acides étant donné que cette culture ne s’accommode pas de ce type de sol.


Des informations complémentaires peuvent être trouvées sur le site du CETIOM: www.cetiom.fr

Semis

Préparation du sol Les objectifs du travail du sol sont d’obtenir: un sol meuble sans semelle de labour (très préjudiciable au développement radiculaire du (...)Préparation du sol

Les objectifs du travail du sol sont d’obtenir:

  • un sol meuble sans semelle de labour (très préjudiciable au développement radiculaire du chanvre);
  • un sol bien ressuyé (qui permettra aux jeunes plantules sensibles à l’excès d’eau de lever sans problème);
  • un sol réchauffé pour éviter toutes pertes à la levée (qui pourraient avoir des répercussions sur le rendement en fibre);
  • un lit de germination fin (pour favoriser le contact entre la graine et le sol).

La préparation du sol se fera comme pour une culture de lin. Après un labour d’hiver ou de printemps, la préparation du lit de germination est réalisée par un ou deux passages de herse rotative afin d’avoir une terre fine mais suffisamment rappuyée.

Date de semis

Le semis de chanvre doit se réaliser dès que les conditions climatiques et édaphiques le permettent:
  • risques de gelée écartés (sensible au gel jusqu’à 5 paires de feuilles);
  • sol ressuyé;
  • sol réchauffé à minimum 8 à 10 °C au risque de faire chuter la densité de levée

La date de semis de la culture correspond à la celle d’un maïs grain ou d’une graminée prairiale. Le chanvre peut donc se semer en Belgique de mi-avril à début mai.

Densité de semis

La densité de semis conseillée est de 40 kg/ha, soit 200 plants/m2, pour des cultures battues ce qui est le plus souvent réalisé en Belgique.

La production de fibre demande, quant à elle, un couvert de 250 plantes/m2, soit une densité de semis de 50 à 60 kg/ha.

Des densités de semis trop faibles occasionnent des pertes de rendement et favorisent le développement des adventices.

Type de semis

Le semis peut se faire à la volée ou en lignes, plus favorable à l’obtention d’une levée plus régulière. Il est réalisé avec des socs espacés de 15 à 17 cm avec une profondeur de semis de 2-3 cm. Un passage du rouleau après le semis peut favoriser la levée en assurant un meilleur contact entre les semences et le sol.

Problèmes phytosanitaires

Aucun problème phytosanitaire n’est recensé en Belgique. Il n’y a d’ailleurs aucun produit agréé pour la culture de chanvre. Un développement de Botrytis peut (...) Aucun problème phytosanitaire n’est recensé en Belgique. Il n’y a d’ailleurs aucun produit agréé pour la culture de chanvre.

Un développement de Botrytis peut néanmoins apparaître sur des pieds affaiblis par l’autoconcurrence de la culture en cas de densité de semis trop élevée. La présence de sclérotes a également été observée dans des tiges de chanvre.

Bien qu’absente en Belgique, l’orobanche est une plante parasite du chanvre qu’il faut éviter à tout prix. La mise en place d’une rotation pluriannuelle permet de réduire les risques de développement.

Récolte

La récolte est un moment délicat de la culture dans le sens où plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte: la maturité de la culture, les conditions (...) La récolte est un moment délicat de la culture dans le sens où plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte: la maturité de la culture, les conditions climatiques et le souci de répondre aux critères de qualité souhaités par l’industriel acheteur de la récolte. Un contrat à l’hectare est généralement convenu avant la mise en place de la culture de chanvre (comme pour une culture de lin par exemple).

Deux types de culture peuvent être mis en place suivant les objectifs de production :

  • la culture battue: récolte des graines et de la paille (actuellement en Wallonie);
  • la culture non-battue: récolte de la paille uniquement (principalement destinée à être défibrée).

Les rendements varient suivant les variétés et les pratiques culturales:
  • Paille: 8 à 12 t/ha dont 2 à 4 t/ha de fibres:
  • Graines: 0,8 à 1,2 t/ha.

Certains accidents climatiques peuvent venir altérer la récolte:

  • La grêle peut endommager considérablement la paille et les fibres si un nombre important de pieds sont sectionnés en cours de croissance. Elle peut également être la source de blessures et la porte d’entrée au développement de moisissures par temps humide. La récolte en graines peut également être altérée si la grêle vient faire tomber les graines mûres.
  • Des risques de verse peuvent être importants lors de la phase de croissance active en cas de forte tempête par exemple. Une fertilisation azotée trop importante peut favoriser ce phénomène.
  • Les graines sont très sensibles à l’égrenage par le vent lorsqu’elles ont atteint leur maturité.
  • Ne pas oublier les oiseaux qui sont friands de chènevis et viennent se nourrir dans les champs de chanvre

Culture battue


La plus utilisée en Belgique, la culture battue permet la récolte des graines et de la paille de chanvre.

La date de récolte sera conditionnée par la maturité des graines et leur taux d’humidité. L’optimum de récolte est généralement atteint 40 jours après la pleine floraison. . La difficulté de la récolte de chènevis réside dans la différence de maturité des graines et la sensibilité des graines mûres à l’égrenage. Le choix de la date de récolte (fin septembre) peut donc être assez délicat dans les conditions climatiques de notre pays. On débute généralement la récolte lorsque 50 % des graines seront mûres, que leur taux d’humidité est inférieur à 27 % et que le pourcentage de graines vertes est faible (dans le cas où la récolte est destinée à être pressée).

Attention: L’humidité des graines, supérieure à 20 % à la récolte, doit impérativement être ramenée au plus vite en dessous de 10 % après la récolte pour éviter le risque d’échauffement et de perte de qualité (rancissement).

Suivant la destination de la paille, la période de récolte va être plus ou moins étalée. Dans le cas d’une production de granulat de chanvre (ou chènevotte fibrée), la paille sera simplement séchée au champ avant d’être ballotée (durée de séjour: 2 à 4 jours).

Pour la production de fibres, les andains seront laissés 7 à 10 jours sur le champ pour permettre à la paille de rouir.


Culture non-battue

Les cultures non-battues, produisant uniquement de la paille, sont destinées essentiellement aux usines de défibrage. L’avantage majeur de ce type de récolte est de donner à l’agriculteur une plus grande souplesse en terme de date de récolte.

Si la pleine floraison détermine la fin de croissance de la culture, la récolte ne débute qu’après la chute de la majorité des feuilles et le jaunissement des tiges. Faisons remarquer que la couleur des tiges est un critère de qualité pour la production de fibres car les pailles vertes sont plus difficiles à défibrer.



Stockage et transport

Pour une conservation prolongée des graines, l’humidité de celle-ci devra être ramenée à moins de 10 %. Le stockage devra se faire dans un endroit bien (...) Pour une conservation prolongée des graines, l’humidité de celle-ci devra être ramenée à moins de 10 %. Le stockage devra se faire dans un endroit bien aéré et à l’abri des rongeurs et oiseaux très friands de chènevis.

Les balles de chanvre seront stockées dans des hangars bien aérés à l’abri des intempéries. Le volume de récolte étant important, il faudra prévoir un espace de stockage suffisant et s’assurer que les pailles soient bien sèches pour garantir la qualité de la récolte et écarter tous risques d’échauffement voire d’incendie.

Habituellement, les producteurs de chanvre se trouvent à proximité des industriels de 1ère transformation; ce qui permet de limiter les coûts de transport.