Filière "Chanvre-Construction"
Les Matériaux Chaux-Chanvre peuvent être utilisés en remplissage d'ossature, en isolation de toiture, pour la réalisation de dalle et d'enduit à caractère isolant. Ces mélanges sont constitués de paille de chanvre (les copeaux, ou "chènevotte", ainsi que les fibres éventuelles) et de liant à base de chaux hydratée.
La chènevotte est la partie ligneuse de la tige. Ce sont de petits copeaux parallélépipédiques constitué des vaisseaux parallèles qui transportaient la sève avant qu'elle soit remplacée par de l'air après la récolte. La chènevotte est composée principalement de cellulose, de lignine et d'hémicellulose et peut absorber 4 à 5 fois son poids en eau, la moitié de cette absorption ayant lieu en moins d'une minute.
Caractéristiques de la chènevotte (© PSPc - CW)
Les pailles sont obtenues par défibrage ou masicotage mécanique de la plante. La taille des particules ainsi que le taux résiduel en fibres et en poussière est fonction du procédé utilisé.
✗ le défibrage
les équipements de défibrage à rouleaux cannelés sont très coûteux, entre 5 et 10 millions d'Euros d'investissement avec une superficie nécessaire à la rentabilisation de 2500 à 10000 ha pour l'approvisionnement selon les sources, mais permet de sérparer trois types de produits différents : les fibres, la chenèvotte et la poussière. Il implique des coûts énergétiques élevés, à la fois dans le martelage de la paille (défibrage poussé) et dans le transport nécessaire pour assurer un tel volume. Le prix de revient de la chènevotte est plus élevé mais ce procédé assure des fibres de meilleure qualité qui peuvent dès lors être valorisées par exemple en la plasturgie. Les broyeurs à marteaux sont proportionnellement meilleurs marché, mais demande d'énormes volumes pour être rentabilisés.
✗ le masticotage
ce procédé est notamment envisagé par la société ChanvrEco (membre de l'asbl Chanvre wallon) et consiste à un défibrage beaucoup moins poussé. L'investissement est beaucoup plus faible, environ 1 million d'Euros, et le procédé implique aussi moins de frais en énergie. Les sous-produits en fibres courtes ne sont pas d'une qualité suffisante pour la plasturgie (sauf après un second traitement éventuel) mais ils conviennent soit comme briquettes, soit pour la fabrication de papier, soit enfin pour l'isolation (insufflation). Le prix de revient de la chènevotte est plus faible. Ce procédé est aussi utilisé en Bretagne par TerraChanvre qui transforme du chanvre bio produisant de la fibre isolante en vrac, de la paille courte pour enduit de finition et de la paille plus grossière pour murs.
Pour qu'un tel produit soit accepté dans la construction, notamment par les architectes, il faut qu'il soit stable dans le temps en termes de performances et de dimension. Une demande d'ATG (agrément technique) a été introduite au CSTC : elle sera indispensable pour les marchés publics. La chènevotte la plus utilisée actuellement est calibrée, défibrée et dépoussièrée et les Matériaux Chaux-Chanvre qui les intègrent ont montré depuis plus de 20 ans leur pérénité. Néanmoins, l'utilisation de paille de provenance et de composition différentes doit encore faire l'objet de recherche pour être validée. La caractérisation des pailles doit donc être parfaitement maîtrisée pour que ce matériau puisse pénéterer le marché de la construction en Région wallonne.
Quel est l'influence l'itineraire technique de la culture sur les caractéristique des pailles ?
Quels critères donner aux transformateurs pour répondre aux besoins de la construction ?
Le nombre et l'importance des questions soulevées par ce besoin de caractérisation plaident pour que les industriels promoteur des Matériaux Chaux-Chanvre y répondent assez vite, par une série d'essais et de tests agronomiques et techniques.
Pour plusieurs membres du panel d'experts réunis le 27 mars (voir tableau ci-dessous), c'est à l'industriel de définir ses exigences par rapport aux transformateurs, ceux-ci pouvant ainsi donner les caractéristiques du produit souhaité aux les agronomes qui pourront ainsi sélectionner la variété et les techniques de culture et récolte adaptées. Un partenariat poussé entre agronomes, transformateurs et scientifiques est dès lors indispensable avant de lancer la culture à grande échelle auprès des agriculteurs.
Panel d'experts présent à la réunion du 27 mars à la DGA (© PSPc - CW)